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Alstom-General Electric : qu’a fait l’Etat ?

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15 juin, 2018
Note d'analyse
Loïk Le Floch-Prigent


On a peine à se rappeler tous les épisodes de la débandade d’Alstom depuis l’annonce de la cession du département Energie à General Electric suivie de l’absorption par Siemens du département Transports. La conclusion est claire, General Electric n’a pas tenu les engagements dont l’Etat était le garant : où est donc le maintien d’activités et les créations d’emplois promises ? Et ce soir, sans rire, on nous annonce que l’on a fait les gros yeux et que si General Electric ne crée pas les emplois en fin d’année …elle subira une pénalité de 34 millions d’eurox ! Une société de 100 milliards de chiffre d’affaires qui achète Alstom Energie pour quelques milliards, et voilà la menace, 34 millions d’euros ! une rigolade !

 

 

Soyons sérieux, c’est tout un pan de l’activité industrielle française créée par le pays qui s’en va en lambeaux tandis que l’on essaie une fois de plus de nous endormir.

Trois dossiers devraient être sur la table des responsables :

Celui des turbo-alternateurs pour les centrales nucléaires les fameuses « Arabelle » qui sont installées dans la moitié des centrales mondiales et qui étaient les produits d’excellence de notre fleuron national. A part augmenter les prix de maintenance que veut en faire General Electric, et dans quelles conditions, puisqu’ils ne tiennent pas leurs engagements, un industriel français peut-il reprendre cette activité ?

Celui de l’hydraulique (ex Neyrpic) où le programme de General Electric est de diviser par deux le potentiel du cœur de la compétence à Grenoble, perdant ainsi l’expérience de dizaines d’années de travail acharné qui ont conduit Alstom à être le meilleur mondial dans ce domaine. Il n’est pas encore trop tard pour relever le défi, l’hydraulique française peut vivre, comme l’allemande avec Voith et l’autrichienne avec Andritz. General Electric n’est pas armée pour développer l’hydraulique, elle l’a déjà abandonnée une fois car ce ne sont pas des produits catalogue et le marché est prioritairement dans des pays où les américains ne sont pas les bienvenus. Puisque les engagements ne sont pas tenus, l’Etat peut faire reprendre cette activité.

Celui des réseaux ou des smart grids où la compétence était Alstom, coupée en deux il y a quelques années avec Schneider Electric. C’est tout l’avenir des circuits courts et des nouveaux réseaux qui reposaient dans ces nouveaux produits, c’est en Europe qu’ils vont connaitre leur développement puisque nous avons adopté une orientation bas carbone, rien ne justifie le maintien de cette activité chez General Electric… qui ne tient pas ses engagements.

Arrêtons donc la comédie des 1000 emplois à 34 millions de pénalités, le problème c’est le maintien de ces trois activités en France avec des compétences indiscutables et l’on parle ici de milliards et non de millions, de bassins d’activités et non de quelques emplois. On parle, en particulier de Grenoble qui a été le berceau de l’activité hydraulique mondiale, de ses réalisations, de ses techniciens, de ses chercheurs , de toute une tradition où nous sommes reconnus dans le monde entier, on parle des merveilles que sont devenues ces machines « Arabelle » réalisées par des ingénieurs exceptionnels, on parle d’un des cœurs de notre activité industrielle toujours vivant, toujours actif et créatif.

Ce dont il a été parlé ce soir est une honte.    

Tags:
arabelle, alstom, general electric