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InQarcéré

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19 aout, 2019
Note
Leslie Varenne


Ce livre sorti depuis quelques mois déjà, en février 2019, n’a pas fait l’objet d’un emballement médiatique et pourtant... L’auteur, Jean-Pierre Marongiu, fait partie de ces hommes d’affaires, industriels, à l’instar de Frédéric Pierucci, qui se retrouvent pris au piège, incarcéré, alors que rien ne les avait préparés à vivre un tel basculement de vie, une pareille descente aux enfers.

 

Trahi et dépouillé par son associé qatarien dans la société qu’il avait créé à Doha, Jean-Pierre Marongiu est incarcéré sans procès en septembre 2013 avec comme motif : chèques sans provisions, crime suprême dans l’émirat. Cet ouvrage est le témoignage de ses cinq années passées dans les geôles qatariennes.

Lire ce livre, c’est un peu comme si un spectateur de combat de boxe se prenait des uppercuts dans le foie à intervalles réguliers. Certes, personne ne se fait d’illusion sur les « droits de l’homme » et sur le sort des prisonniers dans les pays du Golfe en général et au Qatar en particulier, pas plus que l’on ne s’en fait non plus sur l’état des prisons, y compris dans des « grands pays démocratiques » comme les Etats-Unis.

Cet ouvrage est en quelque sorte une épreuve de réalité qui va bien au-delà de la terrible situation dans laquelle se trouve l’auteur qui survit en permanence sur le ring. Il donne les coups parfois et en reçoit souvent, surtout lorsqu’il blasphème devant l’imam au regard d’ange qui lui demande des conseils : « comment faire pour rendre l’islam plus attractif aux Occidentaux » ? La punition sera diabolique, mais lui sait montrer les poings, ce qui n’est pas le cas de tous ces congénères.

L’histoire de Kushak fait partie de ces uppercuts que le lecteur se prend au fil des pages. Ce gamin népalais de 17 ans est arrivé au Qatar comme des centaines d’autres de ces concitoyens pour travailler sur les chantiers du mondial 2022. L’agence de recrutement a fait miroiter des salaires mirobolants, un logement, les parents de Kushak ont vendu la ferme familiale pour payer « l’agence ». Très vite, le rêve s’est transformé en cauchemar. Les salaires non-payés, les conditions de travail par 52° à l’ombre, les accidents, les morts d’épuisement… Lorsqu’au bout de 8 mois sans salaire, Kushak a osé demander son dû, le maître qatari lui a répondu en lui administrant une gifle monumentale assortie d’un crachat. Le môme a vu rouge, il a pris un couteau qui se trouvait devant lui et a fondu sur le chef. Après deux ans d’enfer, où l’enfant népalais a servi d’exutoire aux prisonniers comme aux matons, sans cérémonial, sans tambours ni trompettes, ils sont venus le chercher pour exécuter la sentence : une balle dans la tête dans la cour de la prison. Il avait 17 ans…

Ce livre est aussi un témoignage sur le terrorisme, l’islam radical et le prosélytisme des Frères musulmans. Un matin de 2018, une trentaine de membres de Daech a débarqué à la prison, tous sont des « envoyés du calife », ils reviennent d’Irak ou de Syrie et font partie de l’élite qatarie. Ils bénéficient d’un traitement VIP et ne resteront que le temps pour le Qatar de montrer patte blanche alors que la crise avec les autres pays du Golfe, Arabie Saoudite et Emirats Arabes Unis est à son Zénith et que le Qatar est accusé par tous de soutenir le terrorisme au Moyen-Orient.

Au sein de cette curieuse délégation, se trouvent deux Français au parcours pitoyablement classique. Abou Walid allias Gérard est issu du Mirail à Toulouse, fils de chômeur, en échec scolaire, petite délinquance, détour par la prison où il a « rencontré Allah et lu le Coran sous la direction de l’imam Abdel Razek. » Selon Gérard cité dans le livre, les Français convertis représenteraient 10% de l’Etat Islamique », cela paraît beaucoup… 

Pendant ces cinq ans, Jean-Pierre Marongiu, a été livré à lui-même. S’il a pu bénéficier des visites du consul de France à Doha, jamais, les ministres des Affaires étrangères successifs, Laurent Fabius, Jean-Marc Ayrault, Jean-Yves Le Drian, n’ont levé le petit doigt pour le sortir de cet enfer. Il ne faudrait pas risquer de mécontenter un grand acheteur d’armement ainsi qu’un si généreux donateur… C’est encore un livre sur la trahison de la diplomatie française.

 

Tags:
qatar, terrorisme