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Histoire secrète des Frères Musulmans, de Chérif Amir

10 juillet, 2015
Note de lecture
Leslie Varenne


L’intérêt du livre de Chérif Amir est double. D’une part c’est l’une des études les mieux documentées sur la confrérie des Frères musulmans, d’autre part en tant qu’Egyptien, l’auteur a une connaissance intime de son sujet. En sous-texte et derrière le travail froid du chercheur se lit la souffrance et les blessures que cette organisation a infligé au peuple de son pays depuis sa création par Hassan El-Banna en 1928. 

A la lecture de cet ouvrage, la compassion dont font preuve les gouvernements et les médias occidentaux envers le sort des Frères musulmans dans l’Egypte du Général Sissi, apparaît encore plus déplacée. Le livre agit comme un remède à cette commisération due généralement à la méconnaissance de la véritable histoire des Frères musulmans. Il est également un excellent médicament contre certains cyniques qui font mine de croire à l’image de respectabilité que la confrérie s’est patiemment confectionnée au fil des ans. Des attentats manqués contre Nasser, aux assassinats ciblés, comme celui du cheikh El-Dahabi en 1977, aux tueries principalement dirigées contre les coptes, les victimes de leur idéologie sont pourtant nombreuses et connues.

 

La pause comédie

L’ouvrage revient évidemment sur l’accession au pouvoir de Mohamed Morsi, sur le rôle d’Anne Patterson, l’ambassadrice américaine au Caire. « Cette coordination officielle entre les Américains et le mouvement terroriste sema le doute dans les sphères politiques égyptiennes sur le degré d’ingérence de l’Administration américaine dans les affaires intérieures. » écrit l’auteur. Il raconte le bref passage de Mohamed Morsi à la tête de l’Etat : la « pause comédie » ainsi que les Egyptiens ont nommé le temps de son règne.  Un an et trois jours qui suffirent à montrer le vrai visage des Frères musulmans, sectaire, sanglant et à faire voler en éclat le mythe de la confrérie. Hormis en Egypte, l’inculture et la bêtise de celui que les Frères Musulmans avaient, eux-mêmes, surnommé « Estebn » (la roue de secours) a fait couler très peu d’encre, pourtant ses bourdes étaient mémorables. A l’exemple de cette déclaration faite en 2012 à l’occasion d’une visite dans un orphelinat : « J'ai rencontré des orphelins et j'ai senti véritablement que probablement leurs parents sont décédés[i] ».

 

Au cœur du djihad

Cherif Amir démontre d’une manière lumineuse comment la confrérie des Frères musulmans a exporté son idéologie et a recruté des fidèles dans tout le monde arabo-musulman. L’apparition des premiers groupes islamistes armés issus de cette organisation date de 1973 depuis elle n’a cessé d’essaimer. La confrérie est : « ainsi à l’origine de la naissance de nombreux groupe terroristes au Moyen-Orient. Du mouvement du jihad islamique à Al-Qaeda, du Front Al-Nosra à l’EIIL, tous ont puisé leurs motivations dans les écrits d’Hassan El-Banna et de Sayyed Qotb. » note l’auteur. Grâce à cette enquête, Chérif Amir nous donne les clés de la compréhension du réveil de l’islam radical du XXI siècle et la doctrine de tous ces mouvements djihadistes qui opèrent sous nos yeux.

 

Histoire secrète des Frères musulmans de Chérif Amir, préféce d'Alain Chouet, publié aux éditions Ellipses en février 2015

 

 

 

 

 



[i]  Dans un éditorial acerbe, Eric Denécé  reprend le florilège des bourdes les plus grandioses de Mohamed Morsi. http://www.cf2r.org/fr/editorial-eric-denece-lst/pause-comedie-quand-les-freres-musulmans-font-mourir-les-egyptiens-de-rire.php

Tags:
frères musulmans, el sissi, cherif amir, egypte


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