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Carnets de route d’un Africain de Loïk Le Floch-Prigent

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10 juin, 2017
Note de lecture
Leslie Varenne


Le dernier livre de Loik Le Floch-Prigent est fait d’un étrange alliage, entre essai, album souvenir, récit d’explorateur et carnet de voyage. Au fil des pages, l’auteur dessine son portrait de l’Afrique en évoquant tous les sujets « du lien social ancestral qui se maintient avec une prodigieuse vitalité » aux pratiques mystiques en passant par toutes les religions qui se côtoient sur le continent. L’ancien PDG d’Elf, qui connaît le Congo Brazzaville aussi bien que son propre pays, revient évidemment sur le drame que vit la région du Pool. « La semaine qui suivit les élections, on dut bien massacrer plus de six cents personnes » écrit-il, devant ce désastre, il cherche les moyens de mettre fin au carnage et s’adresse à la Croix Rouge Internationale pour constater les faits et venir en aide aux populations. Mais le CICR ne fera rien, « n’étant pas autorisé à rentrer dans le Pool, il attendait le bon vouloir des autorités ! » Ainsi vont les organisations humanitaires en Afrique, Loïk le Floch Prigent leur dédie un chapitre entier et dénonce leurs effets pervers : « la colonisation avait vu la mainmise des Blancs sur la marche des pays, leurs contours, leurs administrations et leurs règles : les ONG vont poursuivre ce recours permanent à l’extérieur, cette soumission à des moyens venus d’ailleurs. »

Ce livre offre aussi une ou deux surprises assez inattendues : l’Ethiopie, pays assez méconnu en France, tient une place à part dans l’ouvrage, une sorte de place de cœur. L’auteur embarque le lecteur jusqu’à Lalibéla, ville réputée pour ses onze églises creusées à même les montagnes. Il nous fait pénétrer dans un monde « qui s’est figé il y huit cents ans à peine, réceptacle d’une religion fort semblable à la nôtre, avec un dosage différent de l’Ancien et du Nouveau Testament, tout un univers de religiosité revenu aux origines du désert originel », comme pour faire mentir l’adage sarkozien selon lequel « L’Afrique ne serait pas entrée dans l’histoire…» Deuxième sujet d’étonnement le chapitre intitulé « L’Afrique, l’esclavage et la Shoah » qui revient sur un pan de l’histoire africaine totalement occulté « Les esclaves africains du monde arabo-musulman depuis le septième siècle jusqu’au vingtième seraient de l’ordre de dix-sept millions, tandis que la traite transatlantique a déplacé en un peu plus de trois siècles onze millions d’africains. La grande différence semble être que les esclaves transatlantiques ont fait souche aux Amériques, tandis qu’il n’y a presque pas de descendants dans les pays arabes des dix-sept millions d’esclaves qui y furent envoyés » ! Pourquoi n’y a-t-il pas eu de métissage comme aux Amériques ? L’auteur répond en se référant aux travaux de l’anthropologue sénégalais, Tidiane N’Diaye « il y a eu castration des Africains mâles, avortements ou assassinats des enfants des jeunes noires concubines de leurs maîtres arabes. » Une page de l’histoire africaine que le dernier livre de Loïk le Floch-Prigent a le mérite de remettre en lumière…

 

Carnets de route d'un Africain publié chez Elytel éditions.



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