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De la décarbonisation du monde...

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16 décembre, 2015
Tribune libre
Loïk Le Floch-Prigent


Depuis le début de la COP 21, il était préférable de raser les murs et de ne point poser de question. Le Barnum accueillait le monde entier et il allait sauver la planète ! Aussi me suis-je retranché chez moi, en attendant des jours meilleurs, ceux où il est possible de s’interroger sans que l’accusation fuse : « êtes-vous climato-sceptique ? » avec la brutalité de ton qui siérait mieux à un assassin. En réalité, je n’en sais rien, je suis simplement un ingénieur qui a baigné dans la science et la technique depuis des dizaines d’années et qui a envie de comprendre. 

Le climat est un objet d’études complexe puisque nous n’avons que des observations limitées du passé lointain. La science expérimentale, la seule qui pourrait conduire à des certitudes, est peu à peu balayée par des élaborations et des modèles statistiques. Cette science des probabilités est absorbée par les médias et par les politiques comme le sont l’économie ou la sociologie. D’un côté la science expérimentale continue d’essayer de comprendre quelque chose au climat et de l’autre existent des modèles prévisionnels basés sur des données multiples et des hypothèses invérifiables. Comme les sondages d’opinion ces outils sont des aides à la décision, mais ce ne sont rien d’autres, les chefs d’entreprises ou les politiciens peuvent s’en servir à leurs risques et périls. Les phénomènes réels sont si complexes que les résultats correspondent rarement à ceux attendus. Tout ceci peut avoir la présentation d’une science, mais ce n’est pas de la science !

Depuis des mois, il nous a été seriné que si les 195 pays présents à la réunion du Bourget acceptaient de signer un document contraignant la planète serait sauvée. Il s’agissait de ne pas élever de plus de 2 degrés la température du globe d’ici la fin du siècle. Pari gagné, document signé, lors de la grand-messe finale, tout émus, les officiants se sont embrassés. Ainsi une nouvelle religion est née dans le pays, celle du climat. Mais qui dit religion dit dogme, et donc interdiction de contester ou de poser des questions, en oubliant de ce fait le siècle des lumières, la nécessité du débat et de l’observation critique. La bonne nouvelle c’est que l’ensemble des personnes présentes avaient envie de réaliser un pas positif pour l’humanité, mais est-ce suffisant ?

Prenons donc la première prévision, la température de la terre augmente : selon les rapports du GIEC, l’organisation à la base de la COP 21, la température a augmenté pour la dernière fois en 1998 et depuis elle est stable ! Mais, dit le GIEC, c’est une pause et cela va repartir ! Pas de démonstration scientifique : est-ce une affirmation ? Une croyance ? Un dogme ? Chacun reconnaîtra les siens…   

La hausse de température (constatée !) est due aux gaz à effet de serre émis par l’homme (anthropiques) et surtout au CO2. Alors pourquoi cette pause depuis 17 ans alors que se maintiennent les émissions ? Le monde de la recherche scientifique fourmille d’hypothèses mais il n’y a pas l’ombre d’un consensus sur ce sujet.

Restons politiquement corrects et prenons le problème en admettant que les Gaz à Effet de Serre (GES) sont trop abondants et qu’il faut désormais en restreindre l’émission à l’échelle mondiale. Je suppose donc qu’il y a une sorte de gouvernance mondiale qui est représentée par la cérémonie du Bourget, et que cette instance a décidé que telle était la priorité.

Le réchauffement climatique a donc la primauté devant la faim dans le monde, la démographie galopante dans des pays à l’économie déjà catastrophique… L’accès à l’eau, les flux migratoires dus aux violences sur tous les continents, seraient-ils secondaires ? Qui a décidé que le climat était prioritaire ? Essentiellement les catastrophistes de tous bords qui en ont fait leur métier. « Peuples du monde, vous êtes coupables, vous ruinez le sol qui vous a fait naître, repentez-vous, faites pénitence, changez votre mode de vie …» Mais ce n’est plus de la science, c’est un projet politique, un gouvernement mondial préparant une décroissance comme les wahhabites préparent l’avènement d’un monde qui ressemble à celui du temps de Mahomet. On est dans la politique théocratique ! Le dogme, rien que le dogme et tout le dogme.

Puisque les pratiques de toute l’épopée industrielle de l’Occident ont été impies, celui-ci doit modifier sa façon de faire. Mais les pays qui aspirent aux mêmes résultats que lui doivent modifier leurs trajectoires, ils doivent être « décarbonés » dès maintenant, et ceci sera d’autant plus facile que la plupart d’entre eux vivent sous des régimes autoritaires qu’il va falloir conserver et même favoriser ! Que se passerait-il si les « engagements » étaient oubliés par des peuples qui viendraient à exprimer leurs volontés ? On en frémit, ils oseraient utiliser leur charbon, quelle horreur, et peut-être même leur pétrole, certains pourraient même en acheter. Dans cette dynamique le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à aller pas à pas vers une forme de démocratie serait gommé, les énergies renouvelables ou rien ! Touchez pas à votre carbone.

Enfin, un autre problème se pose : sommes nous vraiment sûrs d’aller dans la bonne direction en faisant la promotion de matériels encore dans une phase intermédiaire ? Il est possible que nous soyons en mesure de remplacer les énergies fossiles – charbon pétrole gaz - par le solaire et la fusion nucléaire vers la fin du siècle, à condition d’y mettre les moyens. Mais nous manquerions de lucidité si nous pensions qu’il est, aujourd’hui, envisageable de nous passer des énergies fossiles sans une décroissance mondiale forte et donc sans un déséquilibre pays riches/pays pauvres encore plus grand, sans pénurie et sans conduites génocidaires associées, sans un chaos généralisé dans certaines parties du monde. Il fallait équilibrer les productions d’énergie en utilisant toutes les ressources possibles et nous nous sommes engagés collectivement, dès le choc pétrolier de 1973, sous la Présidence Pompidou, vers la production d’électricité à partir du soleil en créant le Commissariat à l’énergie solaire (COMES). Mais, malgré tout le temps passé, nous n’avons pas encore atteint le niveau de prix et de flexibilité nécessaire à cette mutation. Les prix de l’énergie anticipés paraissaient prohibitifs, et l’effort a, sans doute, été insuffisant tandis que nous nous embarquions dans des programmes européens hydrogène ou lithium très coûteux et d'une efficacité médiocre. Surtout, nous n’avons pas encore intégré dans le raisonnement énergétique le coût réel en énergie (et donc en GES) de la construction, du transport, de l’installation et de la maintenance, pas plus que nous n’avons résolu le problème du stockage des énergies intermittentes du solaire et de l’éolien. Ces énergies ne peuvent être aujourd’hui qu’un complément à un réseau existant de centrales  hydrauliques, thermiques ou nucléaires, les  centrales hydrauliques et nucléaires étant les seules à ne pas émettre du CO2 en fonctionnement.  

La science poursuivra sérieusement l’étude des climats qui passera par des travaux sur le soleil, les océans et les nuages et forcément elle contredira les travaux du GIEC puisque cela a déjà commencé avec l’observation des 17 années sans réchauffement. Nous allons comprendre de mieux en mieux ces phénomènes inexplicables, pour autant cela ne fera pas de nous de bons prévisionnistes, la nature est si riche qu’elle réagit souvent de façon à nous surprendre. Les pays riches vont devoir affronter une redéfinition de leurs priorités de développement avec une lutte contre le gaspillage, pour les économies d’énergie, le recyclage. Si les règles changent, les industriels s’y conformeront tranquillement, reconstituant leurs marges en tenant compte des nouvelles indications. Vous voulez de l’économie verte ? Vous l’aurez. Ce sera une mutation de plus pour des peuples qui travaillent dur et qui sont déjà désorientés par les changements drastiques dans l’appareil de production. Les pays pauvres, eux, essayeront de sortir de leur sous-développement et les individus de ces pays prendront les sources d’énergie qui seront à leur portée, sans demander l’avis du gouvernement du monde. 

N'en déplaise au grand Barnum, au grand objectif de décarboniser la planète en quarante ans, aux propagandes catastrophistes de ces derniers mois, la vie se poursuivra avec ses mécréants qui prendront l’énergie la moins chère comme depuis les débuts de l’ère industrielle.    

 

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cop21