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Les turpitudes de la CIA en Europe, de nouveau à l’affiche

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10 octobre, 2015
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Hajnalka Vincze


L’arrestation au Portugal d’une ex-agente de la CIA, accusée d’avoir participé au volet européen du programme US de « restitution extraordinaire », pourrait propulser à nouveau sur le devant de la scène cette pratique américaine, tout à fait particulière, qu’est le kidnapping de présumés terroristes et leur transfert extra-légal vers des pays peu scrupuleux en matière d’interrogatoire.

Dans le cas qui a valu la condamnation des agents US, par contumace dans un tribunal italien, suivie d’un mandat d’arrêt international, le kidnapping en question s’est passé en plein jour, dans les rues de Milan, en 2003. L’ancienne agente retenue aujourd’hui au Portugal fait partie du lot d’une vingtaine d’officiers de renseignement US que les juges italiens ont trouvés coupables. Jusqu’ici, leur chef de file, le patron de la station de la CIA à l’époque des faits, fut le seul à avoir été arrêté en vertu du mandat international, il y a 2 ans au Panama, pour être libéré le lendemain même.

L’ex-agente retenue à Lisbonne, en attente de son éventuelle extradition vers l’Italie pour y purger sa peine de 7 ans de prison, s’offusque justement de l’impunité « des vrais coupables ». Sur son compte twitter, elle écrit que « Les officiers supérieurs de la CIA qui ont planifié/autorisé #Milanrendition devraient être tenus pour responsable ». On attend la suite avec impatience, y compris d’éventuelles révélations de Mme De Sousa, manifestement peu enthousiaste à l’idée de porter le chapeau à leur place.

D’ici là, il convient de rappeler d’abord deux constats. Premièrement, l’activisme de la CIA sur notre continent ne faiblit pas, et le travail des agents US est facilité par la complicité des autorités nationales (que ce soit sous la forme de la politique de l’autruche, d’une carte blanche accordée aux Américains ou d’une coopération étroite entre services, comme la collaboration récemment révélée entre la BND allemande et la NSA).

Deuxièmement, présenter le programme de « restitutions extraordinaires » comme un excès de l’administration Bush après le 11 septembre serait faux à plusieurs égards. D’une part, le système de transferts extrajudiciaires à des fins de torture a été mis en place par le président William (Bill) Clinton, époux de l’une des actuels candidats démocrates. D’autre part, le président Obama a certes promulgué un décret présidentiel deux jours après sa prise de fonction pour rendre les interrogatoires conformes à la loi, mais à bien y regarder il n’y fait que renforcer, de manière expressément vague, les garde-fous du système, sans pour autant aller jusqu'à mettre un terme aux restitutions extraordinaires.

Tags:
etats-unis, cia, relations transatlantiques