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Les chars US en Europe vont être repeints en camouflage « forêt »

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04 septembre, 2015
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Hajnalka Vincze


Jusqu’ici en couleur « désert », en raison des opérations au Moyen Orient, les chars et autres véhicules blindés américains stationnés en Europe vont être repeints en vert « forêt » dans les prochaines semaines.

Pour le commandant de l’armée de terre US, « la peinture prend, soudainement, de l’importance » dans le contexte actuel. Autrement dit, ce nouveau camouflage est comme le symbole de la détermination des Etats-Unis à s’engager face à la Russie, jusque sur le terrain, pour défendre leurs alliés est-européens.

D’après le commandant,* le relooking des chars fait partie du paquet « dissuasion et ré-assurance ». Sur fond de crise en Ukraine, Washington compte bien dissuader la Russie et rassurer les alliés fidèles. Certes, le scénario n’est plus celui des grandes batailles de chars sur les plaines d’Europe centrale et orientale, mais plutôt des déploiements en rotation, à des fins d’entraînement, d’exercices et de formation. Mais peu importe, l’essentiel est de faire la démonstration que l’Amérique « répond présente », et vient à la rescousse de ses alliés jusque dans les forêts du continent.

Avantage de taille : de tels gestes permettent de redonner vie au mythe du parapluie US et offrent à l’Alliance atlantique une nouvelle raison d’être. Notamment en projetant au premier plan le fameux article 5 du traité de l’OTAN, qui prévoit la défense mutuelle entre Etats membres. Il convient, toutefois, d’y apporter quelques nuances.

D’une part, la crise russo-ukrainienne n’est pas à l’origine de ce regain d’intérêt pour l’article 5, elle n’a fait que faciliter une reconversion amorcée auparavant, car jugée indispensable pour la survie de l’Alliance. Avec les opinions publiques devenues réticentes aux aventures extérieures (au vu des prétextes et des résultats douteux) et la solidarité entre alliés remis en question, suite à l’annonce du « pivot » de Washington, les stratèges de l’Alliance avaient bien compris qu’un recentrage sur l’article 5 était la seule solution. D’où la réorientation de la planification, la reprogrammation des exercices, et les tentatives d’élargissement du concept de défense mutuelle, dès 2012-2013. C’est-à-dire, bien avant le début de la crise en Ukraine.

D’autre part, ce n’est pas parce que le Secrétaire général de l’OTAN dit aujourd’hui entendre « le cliquetis des armes à nos frontières » et que, dans cet esprit, on se précipite pour repeindre les chars américains en vert, que l’article 5 va devenir autre chose que ce qu’il est, à savoir une simple possibilité d’engagement volontaire. Et surtout pas une garantie solide qui se déclencherait de façon automatique. L’ancien ministre polonais des Affaires étrangères ne s’y est d’ailleurs pas trompé quand il a observé que l’alliance avec les USA était non seulement « sans valeur » mais « carrément préjudiciable puisqu’il crée un sentiment fallacieux de sécurité ». C’est justement pour chasser ce doute que Washington multiplie les gesticulations. Pourvu que celles-ci ne se confondent pas avec provocation…

*Le général Ben Hodges est le commandant de l’armée de terre des Etats-Unis en Europe.

Tags:
otan, etats-unis, russie