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Une configuration mondiale très dangereuse

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08 mai, 2018
Tribune libre
Jean-Luc Baslé


Le 12 mai, Donald Trump ne renouvellera pas la participation des Etats-Unis au plan d’action conjoint sur le nucléaire iranien. Que l’Iran soit en conformité avec l’accord importe peu. Le Président estime l’accord intrinsèquement mauvais. Sa décision posera un dilemme à l’Iran et à la Russie. Elle aura aussi pour effet de déstabiliser la scène internationale. Si les dirigeants iraniens ne font rien, ils encourront la colère du peuple. S’ils redémarrent leur programme nucléaire de défense, comme l’a laissé entendre Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères, ils donneront aux Israéliens l’excuse dont ils ont besoin pour convaincre Donald Trump d’intervenir en Iran. Avec au côté du Président, le Conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, acquis à la cause israélienne, cela ne devrait pas être difficile.

 

C’est ce que laisse présager l’intense activité diplomatique de ces dernières semaines. Le 23 avril, Emmanuel Macron entame sa visite d’Etat à Washington. Le 24, le général Joseph Votel, chef des forces américaines au Moyen Orient, est en Israël. Le 25, Avigdor Lieberman, ministre israélien de la Défense, est à Washington. Le 27, Angela Merkel rend visite au Président américain. Le 29, Mike Pompeo, nouvellement nommé Secrétaire d’état aux Affaires étrangères, est en Israël. Le 30, Boris Johnson qui occupe la même fonction dans le gouvernement britannique est à Washington. Bien évidemment, tous ne partagent pas le même point de vue. Les Européens sont à la recherche d’un compromis alors que les Anglo-Saxons et les Israéliens veulent un changement de régime à Téhéran.

Concomitamment, une campagne d’information est lancée et des décisions législatives importantes sont prises. Le 30 avril, Benjamin Netanyahu annonce être en possession de documents démontrant que les Iraniens construisent une force de frappe nucléaire. Le même jour, la Knesset accorde à Benjamin Netanyahu le droit de déclarer la guerre dans des « situations extrêmes » à la seule condition d’avoir l’accord du ministre de la Défense. Cette loi s’apparente au projet d’amendement Corker-Kaine aux Etats-Unis qui autorise le président à déclarer la guerre sans avoir à en référer au Congrès. Deux instances démocratiques, la Knesset et le Congrès, renoncent à leur droit le plus sacré : celui de déclarer la guerre.

Israël et la Russie entretiennent d’excellentes relations. Israël n’a pas appliqué de sanctions économiques après l’annexion de la Crimée, et n’a pas expulsé de diplomates russes suite à l’affaire Skripal. Cependant, ces dernières semaines, les relations entre les deux nations se sont tendues. Israël a lancé un ultimatum à Moscou lui interdisant de livrer des lanceurs S-300 à la Syrie. De son côté, la Russie a fait connaître son mécontentement suite aux frappes israéliennes sur la base syrienne T-4 du 9 avril. C’est dans ce contexte dégradé que Vladimir Poutine devra prendre une décision.

Il fait face à un dilemme. S’il se range du côté de Téhéran, il risque un affrontement direct avec les Etats-Unis dont les conséquences pourraient être désastreuses. S’il ne réagit pas, il perd toute crédibilité non seulement sur la scène internationale mais aussi sur la scène intérieure. Le changement de régime que les néoconservateurs américains appellent de leurs vœux en Russie pourrait avoir lieu, mais ce ne serait pas celui qu’ils souhaitent. Les généraux russes, fatigués des humiliations auxquelles la Russie est soumise, sans parler des sanctions économiques, pourraient prendre le pouvoir.

Une nouvelle configuration, très dangereuse, s’imposerait alors sur la scène mondiale. 

Jean-Luc Baslé

 

Tags:
iran;, russie;, etats-unis;israël