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Bamako sur Seine

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22 novembre, 2015
Note de voyage
Leslie Varenne


Bamako-novembre 2015

Le Mali, pays sacrifié sur tous les autels, celui du terrorisme, de la souveraineté, de l’assistance et de la condescendance… Le grand peuple mandingue est devenu un grand corps malade, ses plaies mal ou pas cicatrisées se nomment : la colonisation française ; Moussa Traoré, le dictateur pas éclairé ; Nicolas Sarkozy et la coalition qui ont mené la guerre en Libye et transformé ce pays en un gigantesque dégât collatéral ; Amadou Toumani Touré, dit ATT, le Président dont le slogan était « Pour un Mali qui gagne » et qui a fini par détruire ce qu’il restait de l’Etat et de l’armée, il fut balayé en 2012 par un coup d’Etat ; François Hollande, dans son costume de chef de guerre, qui en mars 2013 déclare depuis, ce qu’il considère encore être, la  métropole : « Nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet, et ça, nous serons intraitables là-dessus » ; Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, au pouvoir depuis deux ans et demi seulement et déjà moribond ; François Hollande encore qui apporte « un soutien sans faille » à son ami IBK. A ce stade, ce n’est plus de l’aide, c’est du soin palliatif… 

Ce 20 novembre, il est 15 heures, la prise d’otages de l’hôtel Radisson n’est pas terminée, Mokhtar Belmokhtar, le chef d’al-Mourabitoune n’a même pas encore revendiqué l’attaque que déjà les « spécialistes » envoient leurs analyses : « l’islam radical progresse au Mali». A Bamako, la seule chose qui progresse, c’est la pauvreté. A chaque retour dans la capitale malienne, c’est le même constat : ce pays ne cesse de décliner. A chaque voyage, il semble que le Mali soit au fond du trou... Il ne pourra tomber plus bas. Eh bien non, il faut se rendre à l’évidence, IBK creuse encore…

Alors pris de vertige par l’état du Mali, un matin au réveil en regardant par la fenêtre d’une chambre excentrée du centre ville de Bamako, une question traverse l’esprit : quelle est la différence entre pauvreté et misère ? A cette interrogation, un intellectuel malien répond : « La pauvreté est mesurable par des quantités de biens ou de services auxquels la population peut accéder. Il y a des seuils, on estime qu’au dessous de tel ou tel niveau, une personne est pauvre, car elle n’a pas accès aux besoins fondamentaux. La misère est la conséquence physique de la pauvreté, quand celle-ci a duré trop longtemps. » Les pauvres, surpris par cette question à laquelle ils n’avaient jamais pensé, rétorquent tous la même chose, chacun à sa manière : « La pauvreté, c’est quand tu as encore des solutions, la misère hou la la, ce n’est pas bon. » « La misère c’est la déchéance, la pauvreté, tu as encore de l’espoir. »

Quel est l’espoir, où sont les solutions pour le Mali ? Au hasard d’une rencontre, deux grands gaillards aux visages émaciés racontent leur périple. Ces deux jeunes maliens sont partis en Espagne, via la Mauritanie et la Libye, traversant la Méditerranée sur les fameuses embarcations de fortune. Ces survivants ont réussi à obtenir leurs cartes de séjour espagnoles puis quelqu’un leur a volé les précieux sésames. Revenus au pays, ils tentent d’obtenir des duplicatas ; s’ils n’y parviennent pas, ils sont prêts à repartir par le même chemin. Où est l’espoir au Mali ? Le Centre d’information et de gestion des migrations, financé à hauteur de 7 milliards de FCFA par l’Union Européenne, a installé une antenne à Kidal, pour dissuader les candidats au départ. Les journalistes maliens moquent cette « coquille vide » et se demandent : « A quoi rime la réalisation de ce projet si coûteux, alors que tout le monde sait qu’en réalité il n’aura aucun impact sérieux sur l’émigration clandestine ?»  Cela fait plus de trente ans que le Mali est un paradis pour les ONG et le pays marche toujours à reculons. Les représentants de ces institutions remplissent les classes affaires des avions et les trois hôtels de luxe de la capitale : le Grand Hôtel, l’Amitié et le Radisson. Le plus beau, l’hôtel de l’Amitié, n’est plus ouvert au public. Il a été réquisitionné par la Minusma lorsqu’elle a débarqué dans le pays en même temps que la force française Serval. Toutes les réalisations de ces ONG ne sont pas à jeter aux orties, quelques initiatives ponctuelles et ciblées sont des réussites et apportent quelques répits à certaines populations. Néanmoins, cette charité entretient l’idée néfaste que le salut du Mali ne peut venir que de l’extérieur. Dans ce domaine, IBK n’est pas en reste : « tous les jours notre gouvernement encense les partenariats économiques et financiers, laissant croire, lui aussi, que tout ce qui est positif ne peut être qu’étranger », commente un homme politique.

La gestion de l’attentat du Radisson en est l’exemple édifiant. C’est l’armée malienne qui est entrée la première dans les lieux et selon les témoignages des rescapés, c’est encore elle qui a libéré les otages. Mais François Hollande et son ami IBK ont, en chœur, appelé les forces spéciales françaises et américaines à la rescousse, accréditant l’idée que sans appui extérieur le Mali ne pouvait gérer la situation. Mais le comble a été atteint, lorsqu’en plus de ces soldats aguerris venus du Burkina-Faso voisin, la France a cru bon d’envoyer en urgence 50 hommes du GIGN. L’arrivée de gendarmes français a profondément blessé les Maliens qui tiennent encore au mince fil de souveraineté qu’il leur reste : « Le Radisson, ce n’est pas le palais de Laurent Gbagbo. En prime, depuis la fin de l’attaque, la France verrouille tout, y compris la communication du gouvernement. Nous ne sommes même plus une ancienne colonie, nous sommes un département d’Outre-Mer. » Au Mali, après l’attentat du Radisson l’état d’urgence à été instauré, un deuil national a été décrété… comme à Paris ! Pourtant, jamais ce pays, où les décomptes macabres sont tristement fréquents, n’avait rendu un tel hommage à ses morts.


 

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