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Mali : et maintenant la crise postélectorale...

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09 septembre, 2018
Note d'analyse
Yehia Ag Mohamed Ali


L'IVERIS initie une série d'articles courts sur le temps forts de l'été en Afrique francophone. Le premier article est dédié à l'élection présidentielle malienne. 

Le premier tour de l’élection présidentielle, qui opposait 24 candidats, s’est déroulé le 29 juillet 2018. Ce scrutin a été fortement contesté par 20 candidats et un consensus semblait se dégager pour que tous boycottent le deuxième tour. A la surprise des autres candidats contestataires, Soumaïla Cisse, arrivé juste après le président sortant Ibrahim Boubakar Keïta (IBK) a décidé d’aller au second tour, qui a eu lieu le 12 août. Ce scrutin a confirmé la victoire d’IBK avec 67% des voix.
Soumaïla Cisse et une partie des candidats (environ une dizaine) refusent de reconnaître ces résultats et ont engagé une série de marches et meetings pour dénoncer la fraude et la corruption.

 

Manifestation de l'opposition à Bamako le 1er septembre 2018

 

Dès le mois de juin, dans sa note intitulée « Mali : comment survivre à l’élection présidentielle ? » l’IVERIS avait alerté sur les dangers d'une élection dans les zones d'insécurité, véritables niches de fraude pour le régime sortant (1).

En effet, les scores de certains bureaux dans le Nord et le Centre du pays prêtent à suspicion et le bourrage d’urnes est avéré, certains soutiens zélés du régime s'en vantant même ouvertement.

À Bamako et dans le Sud du pays la corruption s’est déroulée à ciel ouvert, les transactions pour l'achat des votes se sont opérées sans aucune discrétion. Il faut souligner que, lors de ce scrutin, les candidats arrivés aux premières places ont tous participé à ces transactions. Le plus nanti s'est retrouvé avec le plus de suffrages.

Cette élection a ôté toute légitimité aux hommes politiques et cela pour longtemps.

 

Le président est élu et installé et maintenant ?

Le pays est toujours bloqué, l'insécurité se rapproche de plus en plus de Bamako, les mouvements sociaux s’amplifient, l’opposition est toujours dans la rue.

Le Mali est donc entré dans une crise postélectorale. Dans ce pays, les problèmes s’empilent les uns sur les autres. En plus des crises sociales et sécuritaires, l’élection présidentielle a accouché d’une crise politique, au demeurant fort prévisible.

Les effets des crises postélectorales sont bien connus en Afrique : fracture du pays, appauvrissement de la population, répression, naissance de nouveaux groupes armés, frilosité des investisseurs, etc.

Pour en sortir, il faut entamer un processus inverse, qui prend souvent des années, pour aller vers une réconciliation, mettre en place les fameux DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion) …

Un pays comme le Mali, déjà en proie aux djihadistes, aux groupes armés et aux violences intercommunautaires, ne pouvait se permettre cette nouvelle crise. Non seulement elle fragilise un peu plus le pays mais, celui-ci étant l’épicentre des problèmes sécuritaires de la région, elle se répercutera inévitablement à tous les Etats de la bande sahélo-saharienne. 

Les chefs d’États, Emmanuel Macron, Macky Sall et le Secrétaire général de des Nations Unies, Antonio Gutterez, se sont précipités pour reconnaitre la victoire d’IBK, avant même le verdict de la Cour constitutionnelle. Même si ce verdict était connu d’avance, puisque cette Cour est acquise à IBK, cela ne justifiait pas une telle précipitation au mépris des institutions de l’Etat.

La promptitude de la France à reconnaître cette victoire contestée est d’autant plus curieuse que tout ce qui est néfaste pour le Mali est également fâcheux pour elle, puisque son armée, la force Barkhane, est engagée dans ce pays. Antonio Guterrez, Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, doivent admettre que cette élection n’a rien réglé et que la solution à la crise malienne nécessite plus de créativité et surtout d’écoute des populations.

En se précipitant pour organiser les élections législatives en octobre, le gouvernement malien compte accentuer son emprise sur l’espace politique et l’expurger de toute contestation. Cette politique, qui consiste à casser le thermomètre pour ne pas sentir la fièvre, est celle qui a emporté le régime d’Amadou Toumani Touré (ATT), à la surprise de certains spécialistes de l’Afrique qui ergotaient sur le caractère exemplaire de la démocratie au Mali.

Le Mali est donc condamné à revivre les mêmes erreurs, tous les gouvernants de 1992 à nos jours viennent du même sérail et agissent avec le même référentiel : la ruse et la violence comme credo politique.

 

Yehia Ag Mohammed Ali

 

(1) https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/354-mali__comment_survivre_a_lelection_presidentielle_ 

 

 

 




Tags:
afrique, afrique de l'ouest;, mali; sahel