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Les groupes djihadistes réagissent à l’offensive russe

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20 octobre, 2015
Note d'actualité
Dr Marcin Styszynski


Après les premières semaines de l’engagement militaire russe en Syrie, les principaux groupes djihadistes tels que le Front al-Nosra (affilié à al-Qaida) et l’organisation de l’Etat islamique (EI) ont diffusé des manifestes officiels. Dans ces documents, ils expriment leurs réactions, leurs sentiments et leurs positions politiques vis-à-vis des derniers événements dans la région.Tout d’abord, ces manifestes se réfèrent aux questions traditionnelles présentées dans la propagande djihadiste, menaces contre les gouvernements locaux et occidentaux, sans oublier la glorification des combattants et la justification des actes terroristes. Mais cette fois-ci, l’hostilité la plus forte concerne la Russie et son engagement militaire en Syrie.

Il est important de souligner que ces derniers manifestes contiennent de nouveaux objectifs idéologiques et opérationnels qu’il est important de mettre en lumière. Le porte-parole de l’EI, Abou Mohammad al-Adnani, dans un message audio intitulé « La Russie tu vas perdre si Dieu le veut » déclare que les Etats Unis sont devenus faibles et qu’ils mènent leur politique à travers d’autres pays comme l’Australie, la Turquie, l’Iran ou la Russie. Al-Adnani ajoute que l’Amérique peut s’allier même avec Satan afin de réaliser ses plans économique et politique dans le monde arabo-musulman. Le porte-parole souligne également que l’offensive actuelle s’inscrit comme une croisade de l’Occident contre l’islam et qu’ainsi c’est la troisième guerre après l’intervention en Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003. Par ailleurs, l’EI se concentre sur la nouvelle génération qui a rejoint le califat et qui lui donne l’espoir et la motivation pour ses prochains combats. Al-Adnani incite également les groupes concurrents à s’unifier pour combattre ensemble le régime de Bachar al-Assad et ses alliés.

De l’autre coté, le dirigeant du Front al-Nosra, Abou Mohammad al-Joulani, a présenté ses propres opinions dans un message audio retransmis par Al-Manara al-Bayda, le service médiatique officiel de l’organisation. Il constate que le but principal de l’offensive russe en Syrie concerne la restauration de la position globale de ce pays touché par des sanctions économique et politique dans le cadre de la crise ukrainienne. Al-Joulani souligne également que l’intervention occidentale, y compris russe, ne menace pas la stabilité du régime syrien parce que les frappes sont concentrées sur l’opposition islamiste, qui est devenue un réel danger pour al-Assad.

En outre, le leader du Front al-Nosra remarque que l’engagement russe signe la défaite de l’Iran et du Hezbollah qui n’ont pas réussi à vaincre l’opposition syrienne. Selon lui, la Russie en coalition avec l’Iran veut dominer économiquement et politiquement le Proche Orient et devient une sérieuse menace pour la stabilité des pays sunnites de la région. Comme le porte-parole de l’EI, le leader du Front al-Nosra appelle à soutenir ce combat et à créer une alliance forte qui permettra de combattre le régime d’al-Assad.  

Conclusions et prévisions

Les déclarations de l’EI démontrent une nouvelle attitude à l’égard de ses ennemis. Selon cette organisation, le combat devra se concentrer sur les pays qui soutiennent la politique des Etats-Unis, alors que ce dernier pays était dans leurs déclarations précédentes l’objectif majeur pour les groupes djihadistes du monde entier. Actuellement, des pays comme l’Australie, la Turquie, la Russie ou les Etats européens et asiatiques sont des cibles plus accessibles pour l’EI qui a déjà commis des actes terroristes dans ces territoires. En outre, la dernière offensive russe est considérée par l’EI comme une « troisième croisade » contre l’islam après l’intervention militaire en Afghanistan et en Irak, ce qui augmente le risque sécuritaire dans le monde entier. La jeunesse constitue un rôle important à la fois pour les combats en Syrie et pour être utilisée comme des «  loups solitaires » dans d’autres territoires.

En revanche, le Front al-Nosra se présente, une nouvelle fois, comme une opposition islamiste plus acceptable ou pragmatique pour les autorités du Proche Orient, surtout pour les pays sunnites. C’est la raison pour laquelle al-Joulani souligne la dangerosité de la coalition russo-iranienne envers ces Etats. Le chef d’al-Nosra cherche à la fois à obtenir le soutien politique et financier des pays sunnites et à profiter de l’occasion puisque les frappes se concentrent sur les structures de l’EI. Le Front al-Nosra a également pris des mesures pour renforcer sa position en vue des prochaines négociations avec l’opposition syrienne et les forces politiques occidentales. Al-Joulani déclare, par exemple, qu’il est prêt à coopérer avec d’autres groupes islamistes. En effet, dernièrement, des groupes islamistes se sont alliés afin d’affronter l’offensive de la coalition occidentale et de la Russie en Syrie. Il s’agit par exemple du groupe Ahrar al-Sham, l’un des plus puissants groupes islamistes qui mène le combat dans la région de Lattaquié, et Kataib Tawhid al-Asima, un groupe important au niveau stratégique car il opère près de Damas.

 

 

Dr Marcin Styszynski
Professeur associé
Faculté des Etudes Arabes
Université Adam Mickiewicz à Poznan, Pologne. 

 

 


 

Tags:
etat islamique, syrie