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Les Balkans, nouveau front du combat djihadiste

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02 octobre, 2015
Note d'actualité
Dr Marcin Styszynski


Dans les dernières parutions publiées par l'organisation de l'État islamique (EI), les Balkans sont considérés comme l’un des objectifs essentiels des organisations extrémistes. La région est citée à plusieurs reprises dans le dernier numéro de leur revue Dabiq ainsi que dans une vidéo diffusée par Al-Hayat TV, la chaine officielle de l’EI.

 

Si la péninsule balkanique prend tant d’importance pour ces groupes, c’est qu’elle leur permet d’infiltrer l’Union européenne et d’y installer leurs activités terroristes. Pour ce faire, les islamistes radicaux veulent exploiter les éléments historiques, religieux et sociaux qui préexistent depuis des années dans les Balkans. Cette stratégie a déjà réussi en Irak et en Syrie où les groupes djihadistes ont habilement su jouer sur les antagonismes chiites et sunnites. Ils ont pu ainsi établir leur califat.

Le premier pas de la stratégie djihadiste en Europe consiste à reprendre contact avec les anciens combattants impliqués dans la guerre civile des années 1990. Le deuxième pas, c'est de restaurer les antagonismes nationaux et religieux entre les communautés chrétienne et musulmane. En effet, malgré la fin des combats, les tensions entre populations n’ont jamais été vraiment éteintes et ont souvent été exploitées par les dirigeants des partis politiques. 

Après la guerre civile, on a pu observer une augmentation de la propagation des idées salafistes et djihadistes menées par des imams radicaux dans des provinces isolées et parmi d’anciens combattants qui avaient des difficultés à s’intégrer dans la société. Plus de 700 combattants étrangers qui ont participé à la guerre civile se sont installés dans des régions rurales et y ont propagé leurs idées radicales. En outre, plus de 200 jeunes hommes ont rejoint les groupes djihadistes en Syrie. Le retour de ces combattants aguerris et radicalisés est une menace supplémentaire pour la stabilité et la sécurité des Balkans

 

Les Balkans sont toujours dans un processus de transition politique et économique. En Serbie, en Croatie comme en Bosnie-Herzégovine, de nombreux débats autour de l’identité du pays, de l’appartenance ou non à l’Union Européenne, sur la sécularisation ou l’occidentalisation agitent la société. Déjà en 2013, en Bosnie Herzégovine, où plusieurs milliers de moudjahidines étaient arrivés pendant la guerre civile, l’organisation religieuse Islamska Zajednica proposait un débat sur l’identité musulmane de la région et arguait de l’importance des valeurs musulmanes comme de l’instauration de la charia.

Ces dernières années, les Balkans ont été confrontés à une série d’attaques terroristes. En juillet dernier, au Kosovo, la police a déjoué une attaque perpétrée par des militants de l’Etat islamique qui essayaient d’empoisonner l’eau potable. En avril 2015, un agent de police a été tué par un homme armé, se revendiquant d’un groupe radical, dans la ville de Zvornik dans la zone serbe de Bosnie-Herzégovine. En 2011, un homme armé a blessé un policier près de l’ambassade des Etats-Unis à Sarejevo. La police a été ciblée en 2010 par l'explosion d’une bombe près du commissariat dans la ville Bugojno.

Ces groupes djihadistes mènent une guerre asymétrique et cherchent l’ouverture de nouveaux champs de guerre. Ils pensent pouvoir renforcer leur influence et atteindre leurs objectifs idéologiques dans les Balkans à cause des conditions historiques, sociales et religieuses. En effet, ils sont passés maîtres dans l’art d’exploiter les antagonismes et conflits locaux. C’est une stratégie de long terme, qui a déjà porté ses fruits en Iraq et en Syrie.

 

Dr Marcin Styszynski

Professeur associé

Faculté des Etudes Arabes

Université Adam Mickiewicz, Poznan, Pologne

 

Tags:
balkans, etat islamique