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Le rôle de la contrebande dans la crise des migrants

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06 septembre, 2015
Note d'actualité
Dr Marcin Styszynski


L’escalade de la crise des migrants en Europe est à rapprocher des derniers événements au Proche-Orient et des frappes aériennes contre des bases de l’Etat Islamique (EI) en Irak et en Syrie. Paradoxalement l‘engagement de la Turquie dans la lutte contre le terrorisme a intensifié les problèmes politiques, sociaux et humanitaires dans la région, ce qui a contraint les groupes djihadistes et les trafiquants à changer leurs objectifs économiques. 

Les moyens financiers jouent un rôle essentiel dans l’activité des groupes criminels organisés, y compris pour l’EI. La carte suivante montre que le caliphat d’Abou Bakr al-Baghdadi a établi ses frontières en suivant le tracé des champs pétroliers irakiens et syriens.

La couleur rouge marque les champs pétroliers, similaire aux frontières du caliphat.

À partir des premiers combats en 2013, l’EI a saisi la raffinerie de Baiji au nord du Bagdad, avec le barrage stratégique près de Mossoul et le gazoduc Shaar près de Palmyre en Syrie.[1].  En outre, l’EI a été capable de produire 80.000 barils de pétrole par jour et de gagner ainsi quotidiennement plus de 2 millions de dollars[2].  Le carburant était vendu par des contrebandiers aux pays voisins, essentiellement à la Turquie. En prime, ce pays  a saisi l’année dernière 80 millions de litres de brut provenant des puits contrôlés par des islamistes[3]. La contrebande est estimée a 800 millions de dollars[4]. Néanmoins la nouvelle politique turque et la création d’une « no-fly-zone » à travers les frontières irakiennes ont affaibli « le business » et ont réorienté les trafiquants vers celui des réfugiés. Il faut rappeler que des organisations islamistes ont une grande expérience dans ce domaine, notamment en Afrique du Nord où des milices islamistes en coopération avec des gangs mafieux s’occupent depuis longtemps du trafic d'immigrants illégaux en Méditerranée.

Selon les estimations des différentes institutions, des groupes criminels organisés ont gagné l’année dernière plus de 323 millions de dollars grâce au trafic de 170 000  personnes provenant de Libye. Chaque réfugié paie environ 2000 dollars afin de traverser la mer pour arriver en Europe[5]. L’EI a besoin de plus de 815 millions de dollars par an pour garantir ses capacités militaires, opérationnelles et idéologiques. Après la contrebande d’antiquités, les impôts exigés aux habitants et aux petits commerces, le trafic d'immigrants illégaux est une façon de compenser les pertes financières liées aux derniers événements entre la Turquie et l’Irak. Ironiquement, l'EI a récemment diffusées des photos de pièces de monnaies frappées des symboles du caliphat[6]. Cela montre à quel point l'économie reste une priorité pour l’organisation malgré les frappes aériennes de la coalition anti-terroriste.


Les pièces de monnaie de l’EI avec des symboles du caliphat.


[1] http://english.alarabiya.net/en/News/middle-east/2015/04/15/ISIS-seizes-parts-of-Iraq-s-largest-oil-refinery-officials-.html
[2] http://www.gatestoneinstitute.org/4712/islamic-state-oil 
[3] http://www.i24news.tv/fr/actu/international/moyen-orient/54765-141217-ei-la-turquie-a-saisi-80m-de-litres-de-petrole-vendus-par-les-djihadistes
[4] http://www.al-monitor.com/pulse/tr/business/2014/06/turkey-syria-isis-selling-smuggled-oil.html#
[5] http://time.com/3857121/isis-smuggling/
[6] http://www.jpost.com/Middle-East/ISIS-Threat/Worth-their-weight-in-gold-ISIS-reveals-new-coins-to-replace-satanic-conception-of-banks-413689

Tags:
etat islamique