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La guerre dans le Pool continue, l’indifférence aussi…

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05 juillet, 2017
Actualité et événement
Leslie Varenne


Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’actualité médiatique et l’agenda diplomatique, le conflit dans la région du Pool au Congo Brazzaville, commencé en avril 2016, se poursuit. Cette guerre déclarée contre le pasteur Ntumi, qui mène une résistance armée, et les habitants de cette région engendre chaque jour son lot de crimes contre l’humanité (1).

Abri de fortune construits par les déplacés dans les forêts du Pool

Le 4 juillet, les hélicoptères de l’armée congolaise ont pilonné le secteur de la Loukouni où s’étaient réfugiés des habitants qui avaient fui leur village la semaine dernière après l’incendie de leurs maisons par les militaires. Cachées en forêt, les familles ont été repérées par la fumée des foyers qu’elles avaient allumés pour se nourrir. Bilan de cette seule journée : 16 morts et 21 blessés, tous civils. Ce décompte n’est, bien entendu, pas exhaustif, compte tenu de la difficulté d’accès à ce territoire. Par ailleurs, depuis environ deux mois, pour ne pas que les images d'horreur parviennent au « reste du monde » par l’intermédiaire des applications de téléphone mobile, le gouvernement a coupé la connexion internet dans cette zone.

Selon le droit international humanitaire (DIH), lorsque la population civile fuit un conflit armé interne, elle doit faire l’objet d’une protection (2). Au Congo Brazzaville, non seulement aucune organisation humanitaire ou institution internationale ne protège ni ne vient en aide aux personnes déplacées mais en prime, contrevenant à toutes les règles du droit international, l’armée les pourchasse dans leur fuite puis les bombarde dans leurs camps de fortune.

Si jusqu’en mars dernier, les organisations humanitaires, chancelleries, médias, Nations-Unies, etc pouvaient faire mine d’ignorer ce conflit, aujourd’hui plus personne ne peut dire : « je ne savais pas » En effet, de nombreux rapports ont été publiés sur la situation dans ce pays : le premier étant celui sur l’état des droits de l’homme au Congo Brazzaville du Département d’Etat en mars (3) ; dans la foulée, il y a eu celui de l’Association sur les droits de l’homme et de l’univers carcéral (ADHUC) (4); puis celui du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Unicef dénonçant la malnutrition aigüe dont sont victimes les enfants (5), pour ne citer que ceux-là. 

Des lignes rouges à géométrie variable… 

Contre toute attente, ces rapports sévères et alarmants n'ont donné lieu à aucune mise en garde de la part de la " communauté internationale " ni à aucun changement diplomatique. Le 29 juin dernier, une conférence débat intitulée « Les conflits armés alimentent-ils les famines ? » était organisée par la Comité International de la Croix Rouge (CICR). A cette occasion, l’IVERIS a interrogé les représentants des organisations présentes, Médecins du Monde, Action contre la Faim et le chef de la cellule de crise du ministère des Affaires Etrangères. Pour justifier leur non-intervention au Congo Brazzaville, les humanitaires ont rappelé le nombre croissant de conflits dans le monde, leurs durées de plus en plus longues et le manque de moyens pour intervenir (6). Cependant, au cours de cette conférence où le droit international humanitaire a été longuement rappelé, un intervenant a judicieusement questionné la responsabilité des Etats qui entretiennent des relations politiques, économiques et militaires avec d’autres pays qui ne respectent pas ce droit. Citant ainsi l’exemple du Yémen : un pays qui connaît actuellement une épidémie sévère de choléra en plus de la guerre sauvage que lui livre la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite. La question de la légitimité du soutien indéfectible de la France à l’Arabie Saoudite a donc été posée. Le même débat devrait nécessairement avoir lieu concernant la coopération entre la France et le Congo notamment dans les secteurs de la défense et de la police (7). Comment un pays qui ne cesse de défendre, à longueur de discours officiels, les valeurs de la « France éternelle » peut-il collaborer avec un Etat qui commet des crimes contre l’humanité ? En attendant la réponse, la population du Pool se meurt…

 

(1) Voir tous les articles de l’IVERIS sur le sujet, notamment " Les massacres du Pool et la politique des trois singes " publié le 18 avril 2016 https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/165-les_massacres_du_pool_et_la_politique_des_trois_singes

(2) https://www.icrc.org/fre/resources/documents/misc/5fzeuw.htm 

(3) https://cg.usembassy.gov/wp-content/uploads/sites/172/2017/03/Press-release-HRR-2016.French.Final_.pdf

(4) http://www.rfi.fr/afrique/20170628-congo-brazzaville-rapport-torture-police-milice-adhuc-loamba-moke

(5) http://www.rfi.fr/afrique/20170623-congo-brazzaville-deplaces-pool-situation-nutritionnelle-critique  

(6) Pour revoir l’intégralité de la conférence : http://cicr.blog.lemonde.fr/2017/06/30/replay-les-conflits-armes-alimentent-ils-les-famines/ 

(7) https://www.iveris.eu/list/articles_dactualite/254-congo_brazzaville__un_si_triste_anniversaire  

 

Tags:
afrique; afrique centrale, pool, congo brazzaville


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